C.J. McCollum à Philly, ce n’est pas si dingue !

adminbsPar adminbs Publié

Séance de brainstorming autour d'une (fausse) proposition de transfert risquée et probablement peu crédible. Celle menant C.J. McCollum aux Sixers.

Chaque année, l’éditorialiste américain Bill Simmons – fondateur de Grantland (pour les anciens) et de The Ringer (pour les nouveaux) – pond une longue tribune où il détaille tous les transferts, sortis de son imaginaire ou des spéculations, ou un peu des deux, qu’il aimerait voir se réaliser en cours de saison. Le papier, volontairement provocateur mais tout de même crédible et parfois juste, est un petit bijou pour les amateurs de rumeurs. Pour cette édition, une proposition a particulièrement retenu mon attention. Celle envoyant C.J. McCollum aux Philadelphia Sixers.

PHILLY reçoit : C.J. McCollum
PORTLAND reçoit : Markelle Fultz, Amir Johnson, un premier tour de draft (2018)

Celle-là, c’est niet. Conscient que cette idée ne séduirait pas grand monde, Simmons a ajouté une contre-proposition.

PHILLY reçoit : C.J. McCollum
PORTLAND reçoit : Markelle Fultz, Dario Saric, Amir Johnson.

Avant de rentrer en détails sur cet échange hypothétique, évoquons d’abord les motivations du journaliste. Pour lui, les Sixers sont prêts. Ils ont deux superstars avec Ben Simmons et Joel Embiid. Le premier est rookie, le second sophomore. Mais il rappelle qu’il n’y a pas d’âge à prendre en compte. Enfin pas toujours. Pour lui, l’exemple du Thunder 2010 et 2011 prouve qu’une équipe est prête à gagner même quand ses jeunes pousses commencent à peine à faire leurs gammes. Il est vrai qu’avec le chantier actuel à l’Est, Philly – au complet – est peut-être juste à une pièce près de faire suer Boston ou Cleveland en demi-finale de Conférence. Ce n’est pas le titre mais c’est déjà beaucoup. Cette pièce, c’est donc peut-être McCollum. En tout cas, ça l’est pour Simmons qui rêve d’un cinq avec :

Simmons – McCollum – Redick – Covington – Embiid.

C’est vrai que ça en jette. Si cette proposition m’est restée dans la tête un bon moment, c’est tout simplement parce que je suis un supporteur des Trail Blazers. Portland, ma men. Et je suis même un type particulier parmi les fans de la franchise. Je suis de ceux prêts à rouler jusqu’à la mort avec Damian Lillard et C.J. McCollum tout en étant pertinemment conscient que ce duo fantastique et sous-coté de nous fera jamais passer un second tour de playoffs. Mais peu importe, j’adore. Autant perdre avec panache, beaucoup de panache, que de se la jouer calcul d’assets tout ça.

Je suis aussi un grand amateur de McCollum, un basketteur séduisant, agréable à voir jouer, smooth, clutch, etc. Et pourtant… j’hésite vraiment. Si ce transfert venait vraiment à se faire dans un univers parallèle, je ne sais pas si je crierais vraiment au scandale.

Déjà, il faut prendre conscience de la situation à Portland. Les Blazers ont la sixième masse salariale la plus lourde du championnat mais l’effectif n’est clairement pas – clairement, clairement, clairement pas – parmi les six plus talentueux de la NBA. Sixième, c’est la place à l’Ouest actuellement. Avec 13 victoires pour 12 défaites alors que le calendrier était considéré comme le plus favorable des trente franchises. Avant ce weekend, Lillard et ses coéquipiers n’avaient joué aucun des vrais gros (Boston, Cleveland, Golden State et Houston). L’équipe accuse le coup et, sans dégringoler trop profond, il y a des chances que les joueurs de Terry Stotts soient plus près de la huitième que de la cinquième place en fin de saison.

La masse salariale est donc blindée mais le roster n’est même pas vraiment bien construit ! Ce n’est même pas une pique envers le GM, Neil Olshey, qui est plutôt bon. Il y a quelques joueurs de devoir à peine moyens qui présentent des émoluments à huit chiffres. Des Meyers Leonard, Mo Harkless (lui je l’aime bien) et bien sûr Evan Turner. Il y a environ cinquante pivots. Un déséquilibre complet. Le banc n’est pas dégueu mais il manque d’un patron – ce qui pousse notamment Stotts à toujours laisser McCollum ou Lillard sur le terrain. Deux des cinq titulaires le sont simplement par défauts. Dans le meilleur des cas, c’est encore un premier tour de playoffs et puis bye-bye.

C’est la réalité actuelle. Elle est parfois masquée par le talent sans limite des deux pistoleros des Blazers. Et sans aucune marge de manœuvre, il va être difficile de vraiment passer un cap. Sauf si Jusuf Nurkic devient soudainement la meilleure version que la meilleure version de lui-même rêve de devenir. Devant ce constat, pas besoin de paniquer et de crier à l’explosion du groupe. Simplement une longue inspiration. Expiration. Maintenant, replongeons-nous sur l’offre de Philly.

Markelle Fultz est le joueur qui me fait douter. Autant en bien qu’en mal (je ne sais pas si cette phrase a vraiment du sens mais je vais m’expliquer). Pas besoin de réfléchir vingt minutes pour lister ce qui peut faire douter du premier choix de la draft 2017 : il n’a joué que quatre matches cette saison, souffrait de l’épaule, sa mécanique de tir était dégueulasse, il été pris dans un imbroglio avec ses dirigeants, il mange mal, il est encore out alors que son épaule a enfin dégonflée… bref, c’est flou. Et donc flippant.

Je crois que ce qui me fait le plus douter, c’est le fait que les Boston Celtics aient passé aussi vite sur lui. Il y a forcément eu quelque chose. Quelques semaines avant la draft, Isaiah Thomas et Fultz discutaient déjà de la façon dont ils allaient jouer ensemble. Puis hop. Le premier pick est envoyé à Philadelphia et Danny Ainge – le parrain du game – confie à tout le monde qu’il comptait de toute façon prendre Jayson Tatum. La suite des événements lui a donné raison. L’ailier des Celtics est le meilleur joueur de la cuvée. Il est d’ailleurs typiquement l’ailier qui manque dans l’Oregon. Si les Sixers venaient à lâcher leur meneur prometteur moins de six mois après l’avoir drafté, ce serait tout de même inquiétant. Deux équipes qui le zappent hâtivement... c’est suspect.

Mais un garçon comme Victor Oladipo est l’énième preuve qu’il ne faut pas faire trop vite une croix sur les jeunes talents. Certains ont juste besoin de temps. Fultz, lui, n’a même pas encore eu l’opportunité de prouver ce qu’il vaut à ce niveau ! Il serait suicidaire de le classer parmi les busts ! Il a le potentiel pour devenir le meilleur meneur NBA de la prochaine décennie. Ce n’est quand même pas anecdotique.

Markelle Fultz est pour l’instant à des années lumières de C.J. McCollum. Mais se développer au côté d’un leader comme Lillard peut l’aider à rapidement éclore. Il est peut-être même préférable qu’il soit de toute façon cantonné à un rôle de second-playmaker ou de co-playmaker à ses débuts. C’est moins complémentaire que le duo actuel, certes, mais ça reste envisageable. Le rookie est assez grand et athlétique pour au moins tenir son rang contre les arrières. Du moins une fois qu’il aura emmagasiné de l’expérience.

C’est parfois oublié mais « Dame D.O.L.L.A » a déjà 27 ans. D’un côté, il n’a évidemment pas le temps d’attendre qu’un joueur d’avenir se développe. Mais de l’autre, il est évident qu’il atteint désormais son prime et que ses dirigeants ne sont pas vraiment en mesure de lui offrir la troisième star qui manque aux Blazers pour passer un cap. Fultz peut à la fois aider Lillard tout en prenant son relais quand le meneur All-Star commencera à décliner. Les rôles seront alors éventuellement inversés : l’un assumant le leadership pendant que l’autre devient son lieutenant.

A la différence près que Fultz, encore une fois, peut devenir l’un des dix meilleurs joueurs de la ligue. Il a les atouts pour. L’avenir nous dira s’il a le mental. Le pari est évidemment risqué. L’ajout de Dario Saric fait quand même réfléchir. Lui aussi a un potentiel intrigant. Et je suis 100% en faveur d’une raquette étiquetée pays de l’Est avec Saric et Nurkic. Il manque peut-être juste un pick de plus – celui des Sixers – pour que je sois proche de basculer en faveur du « pour » définitif. Philly va bientôt devoir apprendre à sacrifier ses choix de draft. Si McCollum rejoint la Pennsylvanie, le pick devrait de toute façon se situer au-delà du quinzième rang. Autant le lâcher.

L’arrière est le joueur qu’il faut à cette équipe. Déjà, il est vraiment sous-estimé. Parce que Portland. McCollum est l’un des meilleurs attaquants de toute la ligue. Il a le package intégral : crossover, shoot de loin, mi-distance, drives. Il sait tout faire. Marquer des points est sa spécialité. C’est exactement ce dont les Sixers ont besoin. Ils ont besoin de shooteurs pour espacer un peu plus le jeu. Il pointe à 44% derrière l’arc alors qu’il traverse pourtant une mauvaise passe.

C.J. McCollum peut aussi s’affirmer comme le deuxième scoreur qui manque aux Sixers quand Joel Embiid est out. Ben Simmons est génial mais ce n’est pas un go-to-guy en fin de match. La défaite contre les New Orleans Pelicans cette nuit, sans le pivot camerounais, le montre bien. Il faut un gars capable de se créer son propre tir de n’importe où et à n’importe quel moment.

Je comprends que les supporteurs des Blazers aient du mal avec ce transfert. Exactement de la même façon qu’un individu qui réalise qu’il a un problème personnel, psychologique, ait du mal à accepter l’idée qu’il ait besoin de voir un psychologue ou de se soigner. Cette équipe de Portland a un problème. Et elle a besoin de changement. Une autre proposition de Simmons visait à rameuter Marc Gasol dans l’Oregon, sans toucher à l’une des deux stars des Blazers. Ce serait évidemment encore mieux. Mais si jamais ce deal hypothétique avec McCollum venait à se présenter, il serait préférable d’au moins prendre le temps d’y réfléchir.