Avec Donovan Mitchell, le Jazz a peut-être trouvé un crack

adminbsPar adminbs Publié

S'il est encore trop tôt pour affirmer que Donovan Mitchell sera un jour un All-Star, il a le potentiel pour permettre au Utah Jazz de se relever plus vite que prévu.

Certains d'entre vous ont récemment demandé un papier sur Donovan Mitchell, le rookie prodige du Jazz. Nous vous avons donc écouté. 

Les rêves d’une décennie de saisons autour des 55 victoires se sont envolés seulement quelques semaines après la première demi-finale de Conférence disputée par le Utah Jazz depuis 2010. Défaits avec les honneurs par les Golden State Warriors, futurs champions, les joueurs de Salt Lake City promettaient pourtant de revenir plus forts. Ça, c’était à condition que tout le monde rempile… Pas convaincu, Gordon Hayward a brisé l’élan des siens en signant avec les Boston Celtics. Il était le seul All-Star du groupe et le visage de l’organisation. Son départ en a entraîné celui de George Hill, meneur titulaire et deuxième meilleur marqueur de l’effectif.

Cette saison 2017-2018 était donc placée sous le signe de la transition. La franchise ne repart pas de zéro mais elle doit trouver des stratagèmes pour se maintenir au niveau à l’Ouest. Pour l’instant, les résultats sont surprenants : le Jazz est huitième avec onze victoires pour autant de défaites. Et ce alors même que Rudy Gobert est sur la touche en raison d’une blessure au genou. Les hommes de Quinn Snyder restent même sur quatre succès de suite après avoir démantelé les Los Angeles Clippers cette nuit.

Il y a plusieurs facteurs qui expliquent les performances inattendues du Jazz. L’un d’entre eux est un rookie dont les prestations symbolisent finalement assez bien le début de saison de son équipe. Un certain Donovan Mitchell. Le jeune homme passé par l’université de Louisville est un candidat de l’ombre au trophée de ROY. Avec 15,3 points par match, il est le troisième meilleur marqueur parmi les débutants. Juste derrière Ben Simmons (18,6) et Kyle Kuzma (16,7) mais devant Lauri Markkanen (14,6), Dennis Smith Jr (14,4) et Jayson Tatum (13,7). Candidat de l’ombre car il évolue au sein du petit marché de Salt Lake City. Bien loin des lumières de Los Angeles par exemple. Candidat de l’ombre car il n’est pas aussi populaire qu’un Simmons, un Tatum ou en Lonzo Ball. Contrairement à Smith Jr, il n’a pas eu le droit à son petit compliment venant de LeBron James. Candidat de l’ombre car il n’a même pas été drafté dans le top dix en juin dernier.

Donovan Mitchell, déjà la première option offensive du Jazz ?

Treizième choix – un pick récupéré par Utah à Denver via un transfert – il s’affirme comme l’un des steals de la draft (avec Kuzma, évidemment). Les dirigeants du Jazz ont eu du nez. Car ils ont mis la main sur un éventuel futur très bon joueur. Mais aussi sur un gars capable de les aider dès maintenant. Donovan Mitchell est important pour son organisation. D’abord parce les Mormons ont absolument besoin d’un apport au scoring. Il est d’ailleurs déjà le deuxième joueur le plus prolifique de l’équipe après Rodney Hood (17,7).

Hayward et Hill assuraient l’essentiel de la création l’an dernier. L’attaque reposait sur le mouvement des joueurs et sur les écrans virils de Gobert mais les deux fuyards étaient au centre du flow offensif. Leurs départs ont poussé Snyder à revoir une partie de son système. La philosophie reste la même mais c’est grâce au talent de Mitchell – entre autres – que le Jazz a pu maintenir de ce côté du parquet (104,7 points marqués sur 100 possessions, quand même presque trois points de moins que l’an dernier). Utah est d’ailleurs moins performant en attaque quand le rookie se repose sur le banc. Presque quatre points de différence sur 100 possessions.

Les coaches ont donc besoin de joueurs capables de provoquer la défense en dribble. C’est exactement ce que tend à apporter le jeune homme. Il a déjà les atouts d’un potentiel arrière moderne. Il est vif. Son crossover est dévastateur. Il est capable de planter de loin, très loin. Et il maîtrise aussi déjà le tir en sortie de dribbles. Une arme essentielle au sein de cette NBA Stephen Curry-esque où les playmakers balancent des bombes à huit mètres après le pick-and-roll.

Mener pour exister

La sélection de tirs de Donovan Mitchell est encore un peu douteuse et c’est ce qui explique ses pourcentages : 39% dans le champ et 35% à trois-points. Ses 82% aux lancers laisse quand même penser qu’il s’agit là d’un bon shooteur. Son adresse à trois-points est elle aussi prometteuse. Le rookie est même de plus en plus efficace match après match. Il dépasse d’ailleurs la barre des 41% depuis qu’il a été incorporé dans le cinq majeur. Le gamin apprend. Dans sa longue tribune consacrée au Jazz, Zach Lowe d’ESPN le décrit comme un jeune joueur appliqué en séances vidéo. Les coaches lui montrent ses erreurs, il apprend et il reproduit ce qui lui est demandé. Il fait par exemple de plus en plus de passes. Il pointe à cinq caviars de moyenne sur les sept derniers matches.

Pour lui, la NBA est une découverte. Le jeu n’a rien à voir avec le basket pratiqué en NCAA. C’est plus rapide. Plus technique. Plus physique. Les organismes sont mis à rude épreuve et il est particulièrement difficile pour les meneurs – ou les arrières – de lire ce qui se passe sur le terrain aussi bien que ce qu’il le faisait à l’université (ce qui, au passage, est le témoignage du talent de Lonzo Ball). Ils doivent apprendre. Mitchell apprend. Il comprend mieux quand il doit passer et quand il doit shooter.

Tant mieux. Car même s’il est listé comme un deux, ce combo-guard a en réalité le corps d’un meneur. Son 1,91 mètre nous semble d’ailleurs exagéré… le gars paraît plus petit. Il y a des chances que ce soit à la mène qu’il finisse par s’imposer dans le championnat le plus relevé du monde.

Utah a peut-être déjà assuré la relève

Dans le meilleur des mondes, le Jazz alignerait un backcourt composé de Dante Exum et Donovan Mitchell. Deux jeunes joueurs prometteurs susceptibles de se compléter. Entre la défense et la taille du premier, alliée au scoring et à l’adresse du second, Utah tiendrait là un tandem capable de faire des dégâts à l’Ouest dans cinq ans. A la condition évidente que l’Australien se remette d’une nouvelle grave blessure.

Le rookie n’est pas seulement important maintenant. Il l’est d’autant plus maintenant que sa franchise se cherche des moyens pour rester dans l’élite. Le Jazz est trop fort pour tanker et espérer mettre la main sur un choix de draft haut placé. Salt Lake City n’est pas non plus une destination prisée par les principaux free agents. Comme toujours, la franchise va devoir se développer en interne. Faire avec les moyens du bord. Trouver des bons jeunes et réussir à maximiser leur potentiel. Mitchell est peut-être la meilleure option. Encore plus qu’Exum ou Hood. S’il dépasse les attentes, il peut s’affirmer comme une autre star – ou quasi-star – capable d’être associée à Rudy Gobert. Histoire que les supporteurs du Jazz, parmi les plus fidèles de l’association, se remettent à rêver plus tôt que prévu.